
Quoi de plus déroutant
Qu'une barrière immatérielle ?
Quoi de plus affolant
Que d'être enfermé par le ciel ?
Sous les invisibles rayons
D'un soleil étouffant
Dont même l'ombre nous préserve
Et que l'âme nous réserve.
On se meure ainsi
A petit feu
Et rien ne nous émeut
Bien pis ;
Nous n'avons plus goût à la vie
Et tout nous attache à la survie.
Le vin devient eau insipide,
Les fleurs se muent en herbes immaculées
Dont le parfum rappelle un rêve vide
La douceur d'une peau satinée,
Ressemble étrangement à la pointe acérée
D'un couteau froid et effilé.
Et le tonnerre n'a plus rien à envier
A de douces et harmonieuses mélopées.
Le corps, emprisonné froidement
Dans son propre firmament
Se recroqueville et pleure
Sur sa vie de misérables bonheurs.
Seule une lueur le soutient ;
L'espoir veille à son inéluctable fin.
L'homme se relève, prêt à enjamber
Les barrières de sa prison lustrée,
Mais la terreur le rappelle
Et l'éloigne à grands coups d'ailes,
Du but ultime de son âme,
Ecorchée par la lame
Du désespoir brutal
De son échec fatal.
La lâcheté gangrène son esprit
Et lui-même se maudit
De la passivité qui l'a poussé
A mourir à lui-même enchaîné.
Cette chaîne autour de son coeur
Qu'il a lui-même posé
Fait qu'il se meure
Et la seule personne qui peut le sauver,
Eloignée par un triste leurre
Ne peut que resserrer l'étau de ses chaînes enlacées.